Les hommes doivent-ils disparaître ?

Depuis déjà plusieurs décennies, un thème récurrent berce nos sociétés occidentales : celui de la fin des hommes, ou, plutôt, celui de la crise de masculinité.

Pourquoi cette « crise de la masculinité » ?

Plusieurs raisons :

  • Les conditions de vie ont changé. La plupart des hommes des sociétés occidentales n’ont plus à travailler dur avec leur corps, à faire preuve de courage à la guerre, ou à protéger leur foyer. Ils ont dès lors perdu la fonction symbolique – et le prestige qui allait avec – de la figure protectrice, celle qui les avait façonné depuis des millénaires.
  • N’importe quel homme, il y a encore 50 ans, passait par de nombreuses « écoles » de formation, à la fois naturelles et institutionnelles, qui développaient « sa masculinité ». D’abord, il naissait dans une famille traditionnelle, dans laquelle la figure du père classique était présente, physiquement et/ou symboliquement. Puis il allait à l’école, laquelle était dure et verticale, perpétuant l’antique respect dû au savoir et au maître. Dans le même temps, il allait à l’Eglise, qui lui apprenait le sacré et le sens du transcendant. Enfin, il allait à l’Armée, où il apprenait le courage, la discipline et le sens du collectif. Dès lors, n’importe quel homme de 21 ans était naturellement « formé » à l’époque. Aujourd’hui, il y a de moins en moins de familles traditionnelles, l’école s’est adoucie, la verticalité s’est effondrée, les Eglises ont perdu de leur puissance et de leurs fidèles et, enfin, il n’y a plus de service militaire. Pour la première fois de son Histoire, l’homme n’a donc plus aucune école de formation qui lui est destinée, sinon la rue et les médias.
  • Un extrême en amenant toujours un autre, les sociétés occidentales se sont profondément abîmées dans les deux guerres mondiales du siècle précédent. Celles-ci ont porté la guerre et la masculinité à leur acmé, c’est à dire à un extrémisme stupide et monstrueux. Dès lors, pour la première fois de son Histoire, l’homme s’est dégoûté lui-même d’être un homme et a préféré abandonner tous les attributs de son sexe et les devoirs qui lui incombaient. « Être un homme », à cause de la folie des guerres mondiales, était devenu trop dur, et souvent trop absurde. Il a donc souhaité faire disparaître cette injonction dans les années qui ont suivi (c’est ce que l’on a appelé la « déconstruction »).
  • Cet « affaiblissement » de l’homme a permis à ses détracteurs, pour bien des raisons, de développer de nombreuses théories issues d’un féminisme agressif ou du courant intellectuel de la déconstruction, sans véritable et puissante opposition. Depuis des années, les « théories du genre », l’égalitarisme forcené et les broderies autour d’une prétendue « toxic masculinity » ont eu pignon sur rue dans les médias et à l’université. Il a été susurrée aux hommes l’idée fausse que l’homme n’existait pas comme une essence, pas plus encore que la femme, et que le mal serait invariablement la figure masculine dans tout ce que celle-ci comportait d’idéal.
  • L’avancée de ces théories dans le débat public et dans la société a profondément culpabilisé les hommes, non plus seulement de leurs excès et de leurs erreurs, mais de leur propre nature. Nous sommes arrivés à une situation dans laquelle les mots mêmes de virilité ou de masculinité sont tournés en dérision. Qui voudrait encore « être un homme » passe désormais pour un fou, un barbare ou, à l’opposé, quelqu’un qui cacherait une grande fragilité. Pendant des siècles, tous les hommes ont voulu devenir des hommes (en raison de la nature fondamentalement idéelle de « l’homme »), et voilà qu’en à peine trente ans, une grande révolution anthropologique et intellectuelle a surgi : vouloir « être un homme » devient suspect, ridicule, et surtout : coupable.
  • D’une manière générale, cette « crise de la masculinité » s’inscrit dans un contexte plus global, plus vieux et plus profond, qui est celui de la crise de la conscience européenne. Il y eut toujours en Occident des mouvements dont l’objectif, avoué ou non, fut la destruction des structures et des pensées dites « traditionnelles ». La différence entre le passé et aujourd’hui, c’est que ces puissances ont désormais triomphé, qu’elles dominent le débat public et qu’elles ont pu accomplir l’inversion de toutes les valeurs qu’elles recherchaient depuis des siècles. La « fatigue » de l’être, le dégoût de soi, le masochisme identitaire, le ressentiment contre la vie, la haine de la puissance et de la force, l’oubli et la diabolisation des instincts au profit des seules entéléchies abstraites, ratiocinantes et universalistes, ont modelé la psyché, l’idéal et le corps européen depuis cinquante ans. L’indifférenciation, la mise à plat et le nivellement des sexes ne pouvait qu’advenir dans cette atmosphère.

 
Les conséquences de cette crise :

Les tenants et les soutiens de la disparition de l’homme de nos sociétés ont parié que ce phénomène déboucherait sur davantage de justice, d’égalité et d’amour. A des sociétés guerrières, patriarcales et exigeantes succéderaient des sociétés pacifiées, pacifistes et raisonnables, conditions pour que l’être humain atteigne enfin sa félicité.

La vérité, logiquement, est tout autre :

  • Alors que l’on « éduque » les européens de l’Ouest à abandonner toute forme de « virilité », les hommes des autres nations et civilisations continuent de respirer dans des schémas tout à fait masculins. La conséquence est que l’Europe occidentale perd en puissance et s’abêtit de jour en jour, perdant peu à peu son rang et ses protections. Une civilisation sans homme n’est pas une civilisation qui atteint la perfection, mais une civilisation qui s’apprête à disparaître. Quiconque connaît l’Histoire connaît cette dure vérité.
  • A titre individuel, tandis qu’on « éduque » les hommes du peuple à abandonner leurs réflexes virils et toute poursuite de l’idéal masculin, ceux qui réussissent encore dans ce bas monde, et qui le dirigent vraiment, conservent absolument leur masculinité et se moquent des grands discours moralistes anti-hommes. Rien n’est plus masculin, parfois jusque dans la caricature, que le comportement des grands chefs d’entreprise, des traders qui travaillent dans la finance, des grands fauves politiques et des grands séducteurs. Dès lors, on nous ment. Aux grands de ce monde, à la pensée très masculine : la réussite, la liberté et la richesse, et ce à tous les niveaux. Aux hommes du commun, gorgés de politiquement correct : l’esclavage, la dépression et la faiblesse, et ce, aussi, à tous niveaux.
  • L’affaiblissement de l’homme classique n’a pas éradiqué la violence de nos sociétés, bien au contraire, elle a produit, mécaniquement, l’ultra-violence de la barbarie. L’éducation d’un homme classique consistait non pas à supprimer la violence qui était en lui (impossible, sauf à croire qu’il est possible de changer la nature humaine) mais à la canaliser, à l’institutionnaliser, à l’orienter pour qu’elle serve le bien de la communauté plutôt qu’elle lui nuise. En ayant souhaité faire disparaître l’homme classique, éduqué pour être un homme, la société a certes créé un type d’hommes raffiné et pacifiste (les citadins de nos capitales par exemple) mais elle a aussi créé du même coup le pendant du décadent raffiné : le barbare. Ces deux-là sont des frères: l‘un ne peut jamais venir sans l’autre dans l’Histoire. D’où l’augmentation spectaculaire, dans nos sociétés, des viols, de l’insécurité et du terrorisme. Pour résumer : lorsqu’on se débarrasse de l’idéal de virilité classique et noble dans nos têtes, on obtient le déchaînement d’une virilité brutale et stupide dans nos rues.
  • La poursuite de l’égalité des sexes, bonne et souhaitable dans bien des domaines, s’est peu à peu transformée en une volonté de nivellement des sexes, de leur indifférenciation, voire même de leur négation. Or, l’une des conditions générales de l’Amour est la distinction, la différence, la dualité, l’altérité. Cet affaiblissement de l’altérité, sans même parler des statistiques (notamment du divorce de masse), a considérablement réduit le domaine et la puissance de l’amour dans nos sociétés. Le nombre de personnes seules, le phénomène des mères célibataires, les relations « kleenexs », l’ultra-consommation sexuelle, l’augmentation des thérapies pour les couples, l’apparition des « coachs » en séduction, les (parfois) sordides applications mobiles de rencontres, le phénomène de « la peur des femmes » chez le jeune homme (le poussant soit à l’agressivité à leur égard, soit, parfois, à l’homosexualité, soit, souvent, à la solitude), le développement impressionnant du marché des robots sexuels, l’usage considérable et parfois maladif de la pornographie, et bien d’autres phénomènes encore, témoignent d’un malaise croissant dans les relations hommes/femmes.
  • La déconstruction de l’identité sexuelle a eu un impact majeur sur le moral des hommes. Auparavant, comme dit précédemment, ceux-ci passaient par des « écoles de formation » naturelles : la Famille, l’Ecole, l’Eglise, l’Armée etc. Ces institutions avaient pour vocation de bâtir des hommes au sens pur et noble du terme. Aujourd’hui, ces institutions ont disparu ou beaucoup perdu en influence. Nous avons donc affaire à des millions de jeunes hommes non-formés, déconstruits, malheureux, cherchant leur place dans une société sans repères. Ces manques mettent en lumière plusieurs symptômes : la dépression, la solitude, l’irresponsabilité, la lâcheté, l’inconséquence, la fragilité (sentimentale, émotionnelle, physique), le cynisme, le scepticisme (relativisme en tout), la timidité, la perversion, et de nombreuses frustrations (professionnelles, sentimentales, sexuelles).
  • Nombreuses sont les femmes qui ne supportent pas cette situation. Majoritairement, elles recherchent encore des hommes qui en sont, capables de les protéger, de les aimer, d’être dignes de confiance, d’être des pères exemplaires, de faire preuve de virilité en bien des domaines (notamment sexuel, mais pas seulement), qui ont de l’ambition et des projets, le goût du risque et le courage, le goût pour le savoir et la culture, etc. La preuve manifeste est que les hommes fabriqués ainsi n’ont vraiment aucun mal à trouver une (voire des) partenaire(s), et ce hiatus entre ce que l’on nous raconte officiellement (« l’homme classique doit disparaître ») et la réalité officieuse (cet homme classique est encore le plus attirant), est flagrant. Le problème est qu’il n’existe quasiment plus rien aujourd’hui qui apprenne encore à l’homme à se former dans pareille direction, et de nombreuses femmes le réclament.

 

Conclusion

Une société sans homme « classiques » est une société qui ne développerait plus les qualités qui garantissent sa survie et son développement. C’est une société qui ne confinerait pas au bonheur, mais à sa propre disparition. Ce serait aussi une société fade dans laquelle l’amour et la complémentarité disparaitraient, rendant l’homme dépressif et la femme frustrée. Ce serait également une société d’esclaves, car si les hommes du commun oubliaient d’être des hommes, ceux qui continueraient à les dominer, eux, le resteraient.

Pour toutes ces raisons, l’idéal masculin de l’homme classique doit persister. Un homme qui parviendrait à réaliser une synthèse équilibrée entre la tradition et la modernité : respectueux des femmes et protégeant leurs droits, tout en restant ce qu’il est, c’est à dire, ce qu’il doit être. En définitive : loin des fantasmes et des élucubrations modernes qui cherchent à l’éradiquer.

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