Ligue du LOL, Boy’s Club et domination blanche

Jusqu’à présent, je n’avais pas envisagé de commenter particulièrement la polémique autour de la LIGUE DU LOL qui fit tant fureur au début du mois de février. Polémique que certains qualifient de véritable Me too à la francaise et qui, à l’instar de Me too, donna lieu à des ribambelles de tweets, de threads suivis comme de mise d’une cohue d’articles bien sentis dans la presse mainstream et numérique, d’enquêtes, de dénonciations, de prise de conscience, de prise de parole, de prise de droits et d’emprise absolu d’un politiquement correct ayant dévoré d’ailleurs, dans cette histoire, ses enfants les plus chéris. Au passage est ce peut-être là, effectivement, un signe du caractère révolutionnaire de ces mouvements twitter, tant nous savons que les révolutions ne se signent vraiment que lorsqu’elles signent la mort de leurs protagonistes.

Et c’est justement le spectacle de ce politiquement correct’s club se déchirant qui décida de prime abord ma mise en retrait, ma mise à l’écart volontaire et l’absence de commentaires particuliers de ma part. J’étais en face de cette coterie parisienne et moraliste qui s’entre-dévorait comme aurait pu l’être un païen regardant des procès en sorcellerie à l’intérieur même du clergé au Moyen-âge, ou un anticommuniste, vivant très loin de la Russie soviétique, regardant les procès de Moscou de 1938. A vrai dire, cela ne me concernait pas vraiment. Ni moi, ni Major non plus.

Toutefois, pour être tout à fait honnête, je m’autorisai seulement quelques sarcasmes après tout bien mérités. Pour rappel, cette histoire de ligue du lol est l’histoire de journalistes, officiant dans les plus prêchi-prêcha journaux de gauche, épinglés pour avoir harcelé des jeunes journalistes femmes durant des années. Alors oui, le cadavre de son ennemi sent toujours bon comme le déclarait autrefois un vieil empereur romain. Ce cadavre, ces cadavres, m’étaient d’autant plus intimes, hostilement intimes si je puis dire, qu’ils m’avaient tous déjà attaqué, diffamé, moqué, insulté, sur leur réseau social favori, twitter, et dans les pages de leurs magazines, bien à l’abri derrière leur écran, derrière leur statut de journaliste, derrière leur rôle de torquémada progressiste et donc au dessus de tout soupçons. Seulement à force d’être derrière, il fallait bien qu’ils finissent par enculer tout le monde.

Citons les plus connus d’entre eux : Vincent Glad, écrivant pour libé et brain magazine, Brain magazine qui ne pouvait écrire cet été trois articles sans me nommer pour se moquer de moi. David Doucet, le spécialiste de l’extrême droite, le pourfendeur des fachos tout méchants et tout pas beau. Alexandre Hervaut, d’une grossièreté sans nom, qui m’avait déjà insulté sur twitter et avec qui j’aurais rêvé de croiser le fer à l’aube sur un près si seulement bien sûr c’eut été autorisé par papa-maman la Loi et si seulement surtout le sieur Hervaut pût connaître un près à l’aube autrement qu’à la sortie d’une rave party. Et enfin dernièrement Martin Weil et Hugo Clément, les passionarias de la boboïtude cools tatoués, stéréotypes et caricatures absolus du progressisme version canal+ combiné Konbini, accusés il y a peu d’avoir harcelé une jeune Nassira El Moadem et plusieurs autres femmes du temps de leurs études en journalisme. Là encore, intime hostilité avec moi, Martin Weil m’ayant fait suivre par ses équipes au mois de septembre pour une conférence que je donnais dans la Sarthe et ayant supprimé finalement tout mon passage dans le documentaire consacré au masculinisme, n’ayant pas réussi, hélas pour eux, à me piéger malgré toutes leurs tentatives – me piéger, c’est à dire me faire dire une horreur ou une énormité qui m’aurait aliéné totalement la sympathie du public si je passais à une heure de grande écoute. Quant à Hugo Clément, en guise d’intimité, je n’aurais pas la goujaterie de parler de cette jolie journaliste du service public que j’ai un peu fréquenté et qui me montrait ses messages de gros lourd qu’il lui envoyait pour coucher avec elle. Non, je ne parlerai que des pires moments de la crise syrienne, quand il se mettait en scène toutes les semaines discutant avec un white helmet d’Alep pour le plaindre et réclamer une intervention occidentale, ce qui est aujourd’hui pathétique quand l’on sait que ces whites helmets étaient pour la plupart des agents islamistes. Tous ceux qui me connaissent savent à quel point je m’étais impliqué dans les polémiques et les débats autour de la Syrie et par conséquent peuvent comprendre à quel point ce Hugo Clément était devenu un ennemi personnel.

Dès lors, il n’était pas difficile de comprendre que l’accusation et la mise au ban de toutes ces personnalités, même au clairon du plus bruyant postféminisme subventionné, n’était pas de nature à me tirer une larme. A vrai dire j’en profitai même, à mon tour, pour leur faire la leçon, profitant de cette occasion pour rappeler encore une fois que les donneurs de leçons, justement, ceux qui se drapent toujours dans la vertu morale face aux méchants, sont, et assez régulièrement il faut bien le dire, les pires vicieux, les pires visqueux, les pires tout court. Harvey Weistein n’était surement pas un réactionnaire nazi, lui qui était le roi du Hollywood progressiste, ni même que Baupin, avec son rouge à lèvre, n’était un catholique traditionnaliste, ni même que Thierry Marchal Beck, l’ancien patron des jeunes socialistes – tiens, encore un qui passait son temps à m’insulter à l’époque – n’était et n’est un masculiniste viriliste ou je ne sais quoi encore. L’occasion était décidemment trop belle pour ne pas leur jeter à tous au visage que moi, peut-être, malgré, ou peut-être, d’ailleurs, en vertu de ma vision encore classique et romantique de la masculinité et de la féminité, vision jugée rétrodgrade voire criminelle par qui vous savez, je ne suis pas prêt de me voir un jour accusé d’une quelconque tentative de viol ou même d’un quelconque harcèlement. Je sais, c’est un argument facile, mais autorisez moi ce petit plaisir.

Seulement voilà. La polémique reprend ces derniers jours et il est maintenant possible de lire autre chose que de pures indignations ou de simples et basiques relevés des faits. Aujourd’hui est l’heure des réflexions au sujet de la ligue du LOL. L’heure où la narration sur les faits prend le pas sur les faits eux-mêmes. L’heure où l’on nous explique non plus seulement ce qu’il s’est passé, mais pourquoi. Et évidemment, comme de mise, la narration entendue de partout est celle des postféministes subventionnées, de leurs affidés gauchistes et de leurs poursuivants libéraux.

Ce que nous entendons, la petite musique qui prend peu à peu les oreilles, l’interprétation donnée à l’évènement, la narration, je le répète, celle qui, in fine, modèle les esprits et finit par s’installer comme un poncif contre lequel regimber finit toujours par sembler totalement absurde, est celle –ci : les agissements de ces petits merdeux de journalistes ne sont pas que des agissements de petits merdeux de journalistes. Non. Ces agissements sont en vérité l’expression de la domination patriarcale blanche qui s’élabore et se mature dans des boy’s club (des clubs de garçons) avant d’oppresser de leur toxicité les femmes et les minorités. Voilà la chanson. Ou en tous cas voilà le refrain. Précisons les couplets maintenant, si vous le voulez bien.

Beaucoup d’entre vous ne savent surement pas ce qu’est un boy’s club. Il s’agit d’un concept très à la mode en ce moment auprès des postféministes subventionnées et de leurs alliées, un concept issu d’une réalité certaine selon laquelle les hommes s’éduquent et se forment à travers des phénomènes de groupes essentiellement masculins. Pour le dire trivialement, il s’agit des groupes de potes, en gros. Ces groupes de potes seraient depuis l’origine la source du mal puisque la masculinité se construirait tout particulièrement au travers de ces groupes. Ces derniers se fabriqueraient de manière hiérarchiques, inscrivant donc dans l’esprit de leurs membres un caractère non pas porté à l’égalité et au dialogue mais à l’inégalité et l’affirmation de soi virile. Ces groupes se consolideraient alors innervés par une solidarité masculine, conséquence et cause à la fois de leur cohésion. Or, de cette cohésion discriminante (le fait qu’il y ait les in et les out) naitrait l’agressivité à l’égard des autres, la volonté de dominer et d’oppresser, volontés qui, en retour, nourriraient cette même cohésion de groupe, dans un cercle infernal et à jamais toxique.

Ces boys clubs seraient LA manière de fonctionner des hommes blancs, et l’on pourrait en trouver de partout, y compris chez les hommes faisant mines d’être féministes et progressistes, et c’est ainsi que la narration actuelle explique pourquoi l’on pût trouver de tels goujats chez de parfaits gauchistes.

En creux et en large, la critique réfléchie et tactique faîte à l’égard de la ligue du LOL et des Boys club s’est, en plus, très vite coloriée de considérations raciales, signe de l’époque, laquelle ne se contente plus seulement d’avoir ses gauchistes, mais se paie le luxe d’y ajouter ce que d’aucuns appellent des islamos-gauchistes, tout ceci pour notre plus grand plaisir bien sûr. En effet, de nombreuses journalistes femme et souvent d’origine immigrée (et si je précise cette origine c’est parce qu’elles même l’utilisent à dessein en se nommant des « racisées »). Soudainement, ne pouvant pas s’en prendre aux idées des journalistes en question de la ligue du lol, puisque tous professaient un gauchisme absolument sans reproche, la hargne se concentra sur leur couleur de peau. Le problème fondamental – systémique comme ils disent – résidait dans le fait que nous avions à faire à des hommes blancs, et que ceux ci persistaient à « truster » les bonnes places pour en exclure les autres, autres qui, comme vous le savez, ne sont peut-être pas blancs mais sont en permanence, au prétexte qu’ils sont oppressés, blanchis de tout reproche. C’est ainsi que la très oppressée Nassira El Moaddem qui a travaillé à France 2, à Itele, au BondyBlog, etc., avec d’autres, elle n’est pas la seule, a pu écrire sur son blog qu’il était grand temps de faire la place à la diversité dans les médias. Conclusion : moins de blancs, tout se passera mieux.

En somme, voilà que je me couchais avec la petite satisfaction de voir mes adversaires se faire clouer au pilori, abattus par les exactes mêmes armes avec lesquelles ils avaient ennuyé tout le monde et votre serviteur en premier, les armes de la moraline, de l’indignation gauchiste, du préchi précha progressiste, etc, et que je me réveillais subitement en ayant en face de moi un procès fait non plus seulement à quelques flaques que je n’aimais pas, mais, encore une fois, à la masculinité toute entière, et, cerise sur le gâteau, à ma couleur de peau. Voilà pourquoi il s’agit maintenant de répondre.

Intéressons-nous au Boy’s club. Oui, il est vrai, les hommes aiment particulièrement se sociabiliser dans des groupes d’hommes. Ils y testent leurs capacités et apprennent à fonctionner à plusieurs, découvrant ainsi l’ordre, la hiérarchie et un certain nombre de vertus qui ne sont pas étrangères à la création et au maintien des civilisations. Les hommes entre eux, c’est une vieille histoire. Pendant la plus grande partie de l’existence humaine, c’est à dire la préhistoire, les hommes durent chasser et se battre en commun. Ne bénéficiant pas de qualités physiques exceptionnelles leur permettant de chasser en solitaire, comme un ours par exemple, l’homme, à l’instar du loup, dut développer d’immenses capacités de cohésion de groupe afin d’être capable de continuer à nourrir l’espèce. C’est dans ces chasses difficiles, sur plusieurs semaines, loin, parfois très loin du foyer, que le masculin s’est forgé une psychologie inscrite profondément dans ses gènes. Toutes les expériences sociales réalisées aujourd’hui continuent de montrer que les hommes ont cette capacité supérieure à s’organiser au travers de groupes. Une étude éthologique de 1987 menée par Savin-Williams sur des adolescents fut très intéressante à ce propos. Des groupes d’adolescents non-mixtes furent laissés seuls dans des cabanes isolés pour observer leurs comportements sociaux. Systématiquement, je dis bien : systématiquement, nous pûmes constater que les garçons commençaient tous par établir des hiérarchies après un petit moment de « tests » sous forme de bagarres, de prises de paroles fortes et d’expérimentations dans l’action, pour finir par se transformer en très peu de temps en des groupes solides et cohérents. Chez les filles, c’est systématiquement que l’on observait l’inverse : les expériences commençaient toujours par être plus pacifiées, si je puis dire, avec des multiplications de dialogues, de conseils donnés et d’interactions entre toutes les protagonistes. Seulement après plusieurs semaines, tous les groupes exclusivement féminins étaient au bord de l’explosion. Là où les hommes restant entre eux gagnaient en cohésion, les femmes restant ente elles gagnaient en division. Les postféministes et les gauchistes peuvent donc s’indigner que les boy’s club existent mais ce serait comme s’indigner du mauvais temps, ou que l’eau mouille et que le feu brûle. D’autant qu’il n’y a pas lieu de se focaliser uniquement sur les mauvais côté de ceux-ci. Le feu brûle et peut faire mal, mais il éclaire et réchauffe également. Permettez moi ce poncif. Tout est toujours plus ou moins ambivalent. La vie est faite ainsi. Les boy’s club créent chez les hommes de nombreuses vertus, dont la prédisposition à l’ordre et à la solidarité, autant de qualités sans lesquelles il n’y aurait pas eu de civilisation et donc jamais assez de confort pour qu’un jour une postféministe puisse d’indigner de ceci ou de cela le cul dans son canapé tapotant sur son smartphone un thread ravageur.

On reproche aux boy’s club de promouvoir et d’entretenir la force et la méchanceté, au travers de la compétition. Mais que veulent-elles, toutes ces indigneuses indignées qui ne veulent jamais qu’on les remue ? Elles veulent un monde pacifié, utopique, dans lequel, semble t il, il n’y ait plus à se battre. Les « racisés » veulent qu’on leur donne les places, les femmes aussi. Qu’on leur donne. Qu’on leur donne car la compétition telle qu’elle est établi ne leur convient pas, car celle ci est le fruit de l’homme, et parce qu’on est en Europe, de l’homme blanc. Il semble à les écouter parfois que leur utopie enfantine d’un monde sans tension, sans discrimination et sans violence, pourrait advenir par l’élimination seule de l’homme blanc. Comme si les groupes de femmes étaient par nature pacifiques et pacifiés, nous l’avons vu. Comme si la péninsule arabique avant l’arrivée des anglais au XIXe siècle ressemblait à Woodstock et l’Afrique noire avant l’arrivée des colons à un Walt Disney wakandesque. Mais quelle blague. Quand est ce que ces gens là vont ils cesser de délirer ? Quand vont ils s’apercevoir que dans leur volonté de prendre les places des méchants hommes blancs, il y a la volonté de puissance, il n’y a qu’elle, non pas la justice, non pas la morale, non pas l’amour, juste la volonté de puissance, ce qui revient à définir leur logique de cette façon : je m’oppose à la domination parce que je la veux. Il y aura à la fin les mêmes résultats, et peut-être même que cela sera pire.

Les Boys club ont leurs défauts, mais ils ont leurs qualités. Et de toutes les manières, ils sont la voie des hommes, leur raison d’être, le prolongement de leurs âmes, ou de leurs gènes, selon que vous croyez en Dieu ou en Darwin. Vous ne briserez pas leur nature ; en ces choses là, nous ne pouvons qu’orienter. Cherchez à briser la masculinité, vous n’aurez pas le paradis, vous n’aurez plus que sa barbarie. Les petits journalistes de la ligue du LOL n’étaient pas des représentants de la masculinité classique et idéale ; au contraire, ils méprisaient cet idéal que nous, nous cherchons à promouvoir. Ce n’est donc pas la masculinité classique qui est toxique, mais bien au contraire : c’est l’absence de masculinité classique dans l’homme qui le rend toxique. Vous ne supprimerez jamais les boy’s clubs, la preuve : vous les eûtes parmi des progressistes gauchistes et féministes les plus éprouvés. En revanche, vous pouvez faire en sorte que ces boy’s club aient des valeurs chevaleresques, plutôt que pas de valeurs du tout, ce qui a donné la ligue du lol dans laquelle ils amalgament désormais l’ensemble des hommes.

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